Gradiva - Créations au féminin


Manifestations 2013

Les paradigmes Masculin/Féminin sont-ils encore utiles aujourd'hui ?

Encore une question pour cette nouvelle année de recherche, d'échanges, d'analyses et de propositions au sein de l'association Gradiva-Créations au féminin.
Encore une question, comme à notre habitude, afin d'avancer dans notre réflexion commune par étapes en apportant des éléments de réponse qui, sans être jamais totalement définitifs, n'en sont pas moins convaincants. Encore une question, car les identités féminines et masculines, leur ductilité, leur porosité mais aussi parfois leur persistante incompatibilité, génèrent « mécaniquement » l’interrogation sous forme de suggestion, de provocation, de précaution, d'incertitude : signe, en somme, d'une pensée dynamique qui n'hésite pas à se mettre en question et à parler pour faire parler.

La notion « d'utilité » que nous mobilisons pourrait paraître bien peu pertinente dans les domaines de la création et de l'esthétique qui sont les nôtres et qui convoquent plutôt, de façon plus ou moins précise et raisonnée, les notions d'absolu, de fin en soi, d'autonomie : la question des paradigmes du féminin et du masculin dans notre approche des œuvres induit ici au contraire des principes d'utilité, donc de relativité, d'efficacité, autant d'éléments qui peuvent surprendre, voire scandaliser dans le champ des études littéraires, artistiques, esthétiques, l’œuvre pouvant et, parfois même, devant être considérée comme un au-delà du principe d'utilité et plus encore un au-delà du masculin et du féminin.

Cependant, pourquoi ne pas faire le pari que le féminin et le masculin sont des catégories « utiles » dans notre approche des œuvres, même (et peut-être surtout) quand, précisément, elles ne répondent aucunement, dans le cours de leur élaboration, de leur conception et de leur maturation, à une quelconque prétention, à un quelconque désir, à une quelconque inquiétude « quant au féminin » et quant au masculin.

Les questions peuvent aussi se décliner et s’enchaîner autrement. Quels sont les textes qui se prêtent tout particulièrement à l'activation de ces paradigmes ? Les textes des femmes, on l'a constaté au cours de ces dernières années de travail et d’échanges au sein de Gradiva, sont en première ligne. Ils ne sont pas les exclusifs détenteurs du féminin mais promeuvent largement la différenciation féminin/masculin à l’œuvre dans l’œuvre, explorent la fabrication d'un autre féminin/masculin, d'une dualité qui soit autre, voire, qui ne soit plus, s'imposent comme textes à nouveau « engagés » en inaugurant, au travers des multiples apports du post-modernisme et du prodigieux essor des sciences humaines, une « politique des sexes » novatrice. Peut-on aller jusqu'à dire que ces textes de femmes ont concouru et concourent encore à re-poser la question des mécanismes de la création, de ses territoires et de ses frontières ? Et qu'en est-il des autres arts ?

Peut également être posée la question du « foyer », de l'épicentre de cette différence ou, selon les perspectives, de cette fabrication (et donc de cette déconstruction toujours possible) du masculin et du féminin : du côté du lecteur ? Ou de celui de l'auteur ? Au sein de la rencontre entre ces deux instances ? Cela suppose de (re) définir la nature de ces deux instances si capitales dans toute création : si le féminin/le masculin sourd de la « femme/l'homme-qui-écrit », qu'en est-il alors de «cet-homme/femme-qui-écrit/lit »? Seulement une instance chargée de son potentiel biographique et immanquablement marquée par la différence et la hiérarchie masculin/féminin qui fondent nos sociétés et nos psychismes ? Certes non. Nous le savons et nous y tenons : les majuscules de la Littérature, etc. ne se dissolvent pas dans les contingences factuelles, biographiques et personnelles, ni même économiques, historiques ou sociologiques. Faut-il abandonner pour autant le féminin et le masculin

Les paradigmes Masculin/Féminin sont-ils encore utiles (séminaire 3) ? 

Séminaire du samedi 1er juin 2013
Institut d'Études ibériques et Latino-américaines
Salle Delpy (rez-de-chaussée) - 31 rue Gay-Lussac, 75005 Paris

 

Les paradigmes Masculin / Féminin à l’œuvre dans les œuvres

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Lors des dernières séances consacrées à la question Les paradigmes Masculin / Féminin sont-ils encore utiles aujourd'hui ?, les problématiques abordées ont essentiellement porté sur la validité de la notion de paradigme appliquée au Masculin/Féminin, sur les manifestations, les formes et les contestations de ces paradigmes dans les créations, notamment dans les créations des femmes. Les incompatibilités, mais aussi les points de rencontre et d’activation mutuelle entre le concept de genre (gender) et les paradigmes du masculin et du féminin ont été envisagés et ont donné lieu à des propositions théoriques permettant de maintenir le masculin et le féminin sans pour autant les figer l'un et l'autre dans un essentialisme déterministe. Leur « utilité » théorique s’est avérée essentielle en particulier dans le domaine de l’analyse des œuvres de créatrices bousculant les canons esthétiques et, plus largement, « les règles de l’art » dans l’acception que Pierre Bourdieu a pu en proposer ; cette utilité s’est également imposée au travers de l’engagement dans « la chose publique » de ces mêmes œuvres et de leurs auteures.

C’est précisément cette « praxis » qui a fait l’objet des études, analyses et réflexions présentées lors du deuxième séminaire. Les paradigmes Masculin/Féminin ont été envisagés en tant qu’ils sont à la fois objets et acteurs, mais aussi enjeux et « outils » de bouleversements, de mutations sociétales profondes : engagement politique, implication dans l’actualité la plus immédiate, insertion, volontaire ou pas, dans les espaces marqués par l’affrontement belliqueux, démontage et dénonciation des codes de la sexualité sont quelques exemples des champs où ces paradigmes se rendent « utiles » comme autant de formes d’un positionnement, d’une prise de position politique.

S’impose alors d’explorer de façon plus approfondie l’utilité théorique de ces paradigmes dans le champ des créations. Peut-on les utiliser pour lire, voir, écouter les œuvres ? Qu’implique leur utilisation dans nos approches des œuvres alors même que ces dernières s’emploient à déstabiliser, à remettre en question le fonctionnement convenu, normé et naturalisé de ces paradigmes ? Dans quelle mesure, enfin, ces créations peuvent-elles générer, produire, faire sourdre d’elles-mêmes des fondements théoriques du masculin et du féminin ? Considérer le texte en tant que structure travaillée entre les lignes, de l'intérieur, par une pensée du féminin et du masculin n’est pas sans rappeler les propositions de Michèle Ramond qui, dans un des textes fondateurs de l’association « Gradiva-Créations au féminin », formula la nécessité d'une véritable « archéologie théorique » des créations des femmes, d'une fouille archéologique susceptible de saisir cet « impensé théorique » du féminin, latent dans les textes des femmes.

Les approches analytiques des œuvres permettront alors de compléter notre approche des paradigmes Masculin/Féminin, de juger de leur pertinence et de leur utilité en tant que paradigmes, de leur vitalité et de leur fécondité en tant que fondements silencieux, mais signifiants et significatifs de l’œuvre. Elles nous amèneront également à nous intéresser à cette instance productrice de l’œuvre qu’est l’artiste : comment ces paradigmes à l’œuvre dans les œuvres interfèrent-ils avec la figure de l’auteur.e ? Comment sont-ils alimentés, ou au contraire invalidés, par cette figure ?

Les paradigmes Masculin/Féminin sont-ils encore utiles (séminaire 2) ?

Séminaire du samedi 23 mars 2013
Institut d'Études ibériques et Latino-américaines
Salle 13 - 31 rue Gay-Lussac, 75005 Paris


Bouleversements, mutations, avancées dans les sociétés et dans les productions théoriques, littéraires et artistiques

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La question des paradigmes du Féminin/Masculin et de leur utilité continue de fédérer nos rencontres et nos échanges. Les créations mais aussi les créateurs et les créatrices sont porteurs de ces paradigmes tout en les recréant, en les annulant, parfois. Que traduisent ces refontes, ces annulations, ces bouleversements et ces mutations ? Que signifient, également, les transgressions des modèles normatifs de la création qui, souvent, leur sont consubstantiels ? Il est apparu, notamment lors du dernier séminaire, que la question de l’utilité de ces paradigmes faisait émerger une dimension politique qu’il nous semble nécessaire de prendre plus clairement en compte.

Certes, de même qu’il ne s’agit pas de convertir ces créations en porte-voix de questionnements théoriques, il ne convient pas non plus de revenir au principe de l’œuvre-miroir. Ce serait plutôt en termes de croisements, d’intersections ou d’interactions que l’on pourrait envisager cette « utilité » des paradigmes du Féminin/Masculin à l’œuvre dans les œuvres : comment ces textes, films, peintures, sculptures, etc., particulièrement investis – même, et peut-être surtout, implicitement – par ces problématiques, sont-ils aussi porteurs d’un engagement souvent dissident ? Comment et pourquoi ces créations, en portant, détournant, révolutionnant, déniant les paradigmes du Féminin/Masculin nous renvoient-ils aux réalités politiques, sociétales de nos quotidiens ? Comment, finalement, ces paradigmes sont-ils réinvestis par les œuvres pour parler de/aux sociétés, voire pour se constituer en espaces de contestations ?

Cette inflexion de la thématique invite donc à continuer de travailler sur toutes les innovations théoriques qui accompagnent les évolutions dans les littératures et dans toutes les autres productions artistiques (cinéma, arts plastiques, etc.). Elle nous invite également à les articuler aux « affaires de la cité » qui traversent et révolutionnent nos sociétés de façon différentielle mais inéluctable.

 

PROGRAMME
 

8h30-9h00 : Accueil des participants

9h00-9h30 : Ouverture de la journée

    • Nadia Mékouar-Hertzberg (UPPA): informations diverses – Convention UPPA/Gradiva

    • Michèle Ramond (Université Paris 8): informations sur la collection Créations au féminin (L’Harmattan)

9h30-10h00 : Marie-Agnès Palaisi-Robert (Université de Toulouse II Le Mirail), L’encre noire des nomades : entre María Luisa Puga et Michèle Ramond

10h00-10h30 : Milagros Ezquerro (Université Paris Sorbonne), Commentaire de « Conversations avec Mariela Castro Espín » (Télécharger le texte)

10h30 : Discussion-Pause

11h00-12h00 : Michèle Soriano (Université de Toulouse II le Mirail), Représenter la sexualité, repenser le sexe : l’un des enjeux du féminisme actuel

12h00 : Débat général

12h30 : Pause repas

14h00-14h30 : Milagros Palma (IUFM de Caen), De la littérature à la sociologie: Binarité du genre et de la sexualité des personnages de fiction d'auteures d'Amérique centrale

14h30-15h00 : Marion Le Corre Carrasco (Lycée Van Gogh, Ermont), Questions d’histoire, d’y voir et de pouvoir

15h00-15h30 : Laura Marzi (Université Paris 8), I want a heroine

15h30 : Discussion-Pause

16h00-16h30 : Sylvie Camet (Université d’Anger), L’écriture et ses genres : du je féminin au neutre masculin

16h30-17h30 : Irma Vélez (Université Paris Sorbonne - IUFM de Paris), Le récit transmédia des guerrières: vers une économie visuelle de l'action justicière

17h30 : Débat général et perspectives

Les paradigmes Masculin/Féminin sont-ils encore utiles (séminaire 1) ?

Séminaire du samedi 19 janvier 2013
Institut d'Études ibériques et Latino-américaines
Salle Delpy (rez-de-chaussée) - 31 rue Gay-Lussac, 75005 Paris


9h-9h30 : Accueil des participants

9h30-10h : Ouverture de la journée par Michèle Ramond et Nadia Mékouar-Hertzberg

10h-10h20 : Nadia Mékouar-Hertzberg, De l’utilité du masculin et du féminin

 

Pause

 

10h45 : Matinée autour de notre invitée d'honneur, l'écrivaine Sara Rosenberg, avec des interventions de

  • Sara Rosenberg, Mes personnages féminins

  • Belinda Corbacho, Traduire l’œuvre d'une femme : questions, difficultés, enjeux...

  • Marie Rosier, Sara Rosenberg ou les voix de la résistance


12h-12h30 : Débat général

 

Repas


14h-14h30 : Michèle Ramond, Féminisme, genre, queer et... mélancolie

14h30-15h : Sylvie Camet, Femme et pseudonyme masculin : Aurore Dupin / George Sand ou l'ébauche d'une identité de genre

15h-15h30 : Maria Graciete Besse, Le "féminin nomade" dans les Nouvelles Lettres Portugaises


Débat et pause

  

16h-16h30 : Claudia Valencia, La revue "En otras Palabras" et Simone de Beauvoir 

16h30-17h : Teresa Keane Greimas, Masculin/Féminin: commutations, permutations, interstices

17h-17h30 : Nadia Setti, Le genre en littérature : une approche transdisciplinaire ?

17h30 : Débat général et perspectives