Gradiva - Créations au féminin


Irma Velez

Si lire était une façon d’apprendre à mourir, comment ne pas aller à la rencontre de ces autres, qui nous apprendraient à mieux nous con-naître.. Je n’étais pas un autre, mais bien une autre, in absentiae des cursus universitaires. « Je » étais un effet dont j’attendais la cause incandescente. Il fallait donc partir la chercher. Atteinte alors d’une légophagie quasi maladive j’ai parcouru, à corps et à livres perdus, les bibliothèques d’Europe et d’Amérique. Les rencontres avec les travaux des chercheurs européens puis de l’Amérique hispanophone et anglophone, m’ont permis de comprendre que ces autres silenciées ne pouvaient s’inscrire dans La culture à partir d’une tradition patriarcale de l’exemplarité, sociale, politique ou autre et je me suis mise à explorer les écritures du soi dans un voyeurisme littéraire sybarite effréné. C’est dans cette quête de filiation que j’ai fréquenté l’impudeur de l’écriture du soi et les interdits bravés par certaines. Ces lectures furent à l’origine de rencontres littéraires et humaines toutes aussi enrichissantes les unes que les autres, et vinrent répondre à bien des questionnements. D’abord les textes coloniaux où l’écriture du soi répondait à une logique notariale, ecclésiastique et militaire, toutes patriarcales avant les armes et dans la lettre. Sor Juana émergeait avec un corps qui se refusait à la mystique alors que d’autres –la monja alférez-, dans un corps travesti, se masquaient derrière les armes. Puis les écrits autobiographiques de la péninsule ibérique de Santa Teresa à Maria Zambrano, en passant par Rosa Chacel, Maria de Zayas, Carmen Martin Gaite, Lidia Falcon avant de découvrir, al cruzar el charco, Elena Garro, Elena Poniatowska, Margo Glantz, Victoria Ocampo, Gioconda Belli, Isabel Allende et d’autres encore, liées à Virginia Woolf ou à Simone de Beauvoir, dans une sorority intemporelle, éloignée des «anxiety of influence » qui caractérisait notre culture.

À partir de la fin des années 80, des pratiques autobiographiques nouvelles, que j’ai identifiées comme « légobiographies », où le sujet, auteur et narrateur de l’écrit relatait principalement la construction de son parcours de lecteur, se présentèrent à moi, comme une source intarissable de questionnement sur les effets de la lecture. Bénéficiant des recherches effectuées dans les études culturelles et intertextuelles, mais aussi dans les études de genre et les postcolonial studies, j’ai analysé la filiation lectrice comme un graphème des discours autobiographiques. Comprendre les conséquences historiques, artistiques et littéraires d’un lègue patriarcal sur nos pratiques culturelles, était une entreprise récente mais de longue haleine, abordée par les plus téméraires, toutes plus légophages les unes que les autres. Comment ne pas poursuivre cette entreprise aujourd’hui encore, quand les enjeux des légocraties sociales demeurent si lourds sur nos pratiques et croyances, c’est-à-dire sur nos rapports à l’autre. Ne sommes-nous pas au fond ce que nous lisons de force ou de gré ?

Ces allers et retours entre tant de cultures, où se tissaient des réseaux de filiation, m’amenèrent à explorer l’autoreprésentation de l’expérience migratoire, et la filiation biculturelle de certains écrivains, avec un intérêt particulier pour le rapport qu’entretiennent ces écrivains de l’entre-deux avec la langue de la mère. De Gloria Anzaldua à Silvia Baron Supervielle, des trajectoires multiples nous révèlent les possibilités artistiques et humaines qui nous habitent dans la plurilangue. Un sujet sur lequel je continue de réfléchir, aussi intarissable que le nombre d‘expériences transnationales d’écriture, s’offrent à nous, dans un hommage éternel à l’œuvre d’Abdelkebir Khatibi.

PUBLICATIONS

Articles

  • Vida i sucesos de la monja alférez: un caso de travestismo sexual y textual.” La seducción de la escritura. Los discursos de la cultura hoy 1996.  Selected proceedings of the “III Jornadas Metropolitanas de Estudios Culturales: Los Discursos de la Cultura Hoy, 1996.” Mexico City: Universidad Autónoma Metropolitana / Casa LAMM, 1997: 391-401.

  • Leyendo entre culturas o los confines de la liminalidad cultural en las Genealogías de Margo Glantz.” Feminaria 24-25 (2000): 65-71.

  • Memorias de España.1937 (1992): de lectura y lectores en la legobiografia de Elena Garro” Torre de Papel, Monographic issue on “Elena Garro, living and writing the 20th century” Princeton University (Fall 2000):Vol. 10 No. 3. 9: 118-141.

  • Pluralité linguistique et écriture autobiographique.” Ecrire en situation bilingue. Actes du colloque des 20, 21, 22 mars 2003, Université de Perpignan. Volume i : Communications. Ed. Christian Lagarde. Blagnac: CRILAUP – Presses Universitaires de Perpignan, Collection Etudes, 2004. 65-79.

  • En collaboration avec René Garay. “An Iberian Bestiary: The Medieval Imaginary in New World Literature”Monographic Review/Revista Monográfica. Animals, Beasts and Monsters in Hispanic Literature; Vol. XX 5 (2004): 26-45.

  • La legobiografía de Victoria Ocampo: evocaciones de una lectora (des)autorizada” dans Julio Premat (ed.). Figures d'auteur / Figuras de autor. Cahiers de LI.RI.CO. n° 1, 203-217. Paris : Université de Paris 8 Vincennes - Saint Denis, 2005.

  • Lectura y representación en el autógrafo femenino.” Actes du Séminaire Amérique Latine, Le texte et ses liens (2004-2005), sous la direction de Milagros Ezquerro et la coordination de Julien Roger. Paris : Editions Indigo-Côté Femmes, 2006.

  • Victoria Ocampo (1890-1979): V.O. del lado de allá o el despertar del Sur-consciente (1896-1931)”. Escritores de América latina. Ed. Milagros Palma. Paris: Indigo & côté-femmes éditions, 2006, 45-59.

  • « L’écriture du corps bilingue dans les discours autobiographiques ». Présentation sur invitation au GRIAHAL IHEAL. 15 décembre 2007. Publication en cours.

Entretiens

  • "Luchando contra el olvido: literatura y feminismo en la vida y obra de Lidia Falcón." Basado en una entrevista con Lidia Falcón: Abril de 1997, New York. The Bulletin of Hispanic Studies (2000) 77:65-75.

  • "Lecturas con sabor a chocolates de cerezas: conversando con Margo Glantz en Coyoacán." Basado en una entrevista con Margo Glantz, Julio 1998, México. Revista Iberoamericana (2001) 46.192: 661-676.

Compte-rendus

  • Odile Felgine y Laura Ayerza de Castilho, comps. y eds.  Correspondance Roger Caillois Victoria Ocampo.  Paris: Editions Stock, 1997.  Revista Iberoamericana 186 (1998): 651-653.

  • Elizabeth Rojas Auda, Visión y ceguera de Concha Espina: Su obra comprometida." Bulletin of Hispanic Studies (2000) 77.3: 478-479.

  • Cartas a Angélica y otros por Victoria Ocampo. Ed. Eduardo Paz Leston.  Buenos Aires: Editorial Sudamericana, 1997. Revista de Crítica Literaria Latinoamericana