Gradiva - Créations au féminin


Marc Salvan-Guillotin

« L’histoire de l’art ne mène à rien… »
Combien de fois n’aurai-je pas entendu cette phrase ?

J’ai décidé pourtant d’emprunter cette voie, il y a presque vingt ans, et l’histoire de l’art m’a mené à beaucoup : à l’apprentissage d’abord, à la divulgation ensuite. Elle m’a fait passer des livres aux gens, de l’écrit à l’oral. Je suis entré en histoire de l’art, et j’avoue que je m’y suis adonné avec passion… Car je ne pouvais faire autrement. J’étais ce que certains appellent un « vrai littéraire » : bon en français, en langues, en histoire, en dessin ; fuyant comme la peste les mathématiques, la physique, la chimie. Il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien. C’est peut-être une histoire de constellations célestes… J’aime lire, j’aime écrire et parler. Petit, j’ai tour à tour voulu devenir écrivain et journaliste. J’aurais peut-être pu suivre la voie royale : des études de lettres, un Capes, une Agrégation, un doctorat, un poste de Maître de conférences, une chaire peut-être ? Mais je suis amoureux des images depuis l’enfance, et les images, on les trouve en faisant histoire de l’art ! Je n’aurais pu me passer d’elles, alors…

Ai-je payé le prix fort ? J’avoue l’avoir pensé à certains moments, pour des raisons purement matérielles : peu de débouchés, certains coups durs qui font douter de tout et poussent à regretter le confort d’un revenu régulier. Mais quand on aime, il ne faut surtout plus compter. Ne plus compter les efforts, ne plus compter les heures passées à étudier. Il faut y croire, croire en soi et ne plus avoir peur. J’ai parfois envisagé de me réorienter, de reprendre les choses à zéro. Mais à chaque fois l’histoire de l’art m’a rattrapé : au détour du chemin se présentait un nouveau projet, une nouvelle rencontre, de nouveaux encouragements parfois…

Il existe un jeu consistant à dire ce que l’on serait si l’on était un animal, un fruit, un pays, une figure mythologique… Dans ce cas, je choisirais l’hydre de Lerne, mais en plus sympathique, et surtout sans Héraclès ! Je me suis doté en vingt ans d’une multiplicité de têtes, et je tiens à chacune d’elles : l’une est universitaire, elle aime étudier, elle est plutôt solitaire et peut s’enfermer dans le silence des heures durant. Elle est essentielle, et c’est d’elle que découlent toutes les autres. La seconde est plus volubile, car elle écoute ce que lui a dit la précédente, et se charge de le transmettre. Elle aime aussi qu’on l’écoute, et s’arrange pour l’être. Elle aime s’adresser aux grands et aux petits, aux non-voyants et aux malentendants. Il y en a une troisième qui, ayant écouté à son tour, rêve de s’éloigner : elle aime voyager, elle est curieuse et garde constamment yeux et oreilles ouverts… Mais elle revient, car elle ne peut se passer des deux autres. Chacune a la possibilité d’en générer d’autres, mais elles ne sont pas encore nées : l’hydre elle-même ne connaît pas leurs visages, mais elle les accueillera, les transformera et les fera siennes, en espérant qu’Héraclès, finalement, ne viendra pas…

PUBLICATIONS

  • « La folie et ses représentations du Moyen âge à la fin du XVIe siècle », article à paraître dans Féminin/Masculin dans la pensée, la littérature et les arts, colloque international, Traverses – Gravida, Université Paris 8, 6-7 juin 2008.

  • « Hercule et les sibylles : intrusions de l’Antiquité dans l’iconographie pyrénéenne de la Renaissance », L’Insistante, Actes du colloque Figures féminines mythiques d’hier et d’aujourd’hui, Traverses – Gravida, Université Paris 8, 8-9 juin 2007, p. 65-79.

  • « D’Ève à Marie : représentations féminines dans les décors monumentaux des Pyrénées au XVIe siècle », La femme existe-t-elle ?, actes du colloque Les sujets féminins et leurs représentations, Traverses (E.A.), Université Paris VIII, 9-11 juin 2005.