Thème 2010
MÉTROPOLIS, PATROPOLIS,
IVRESSES ET DÉAMBULATIONS DES
FILLES ET DES FILS
L’intitulé proposé respecte d’une part l’option de la ville qui nous avait tous séduits lorsque nous évoquions en juin dernier une thématique nouvelle pour nos rencontres de 2010. Mais il introduit aussi une composante filiale qui nous permet de repenser la différence masculin-féminin à la lumière d’une autre, bien plus significative, celle qui nous fait naître fils ou fille avant même de pouvoir nous penser femme ou homme ou de ne savoir nous résoudre à aucune de ces deux identités trop rudimentaires et discriminantes.
Les bienfaits de cette thématique assez complexe qui renoue avec la filiation mais qui la déborde par le mouvement de la marche et par l’ivresse salvatrice des fils et des filles sont, entre autres, de nous rattacher à la figure de Gradiva, fille marcheuse, remarquable par son pas, inséparable autant de sa cité de Pompéi que des déambulations d’un autre héros, un fils orphelin qui vient à Pompéi la chercher. Nous avions en 2009 évoqué la démarche de Gradiva et les démarches par elle inspirées sans pour autant avoir l’impression d’épuiser leur intérêt et leur mystère, ceux-ci devenant au contraire de plus en plus captivants et insondables. À juste titre nos rencontres de 2009 nous sont apparues comme les plus riches du cycle commencé en 2007-2008, cette figure emblématique nous conduisant loin à sa suite sur les chemins de la création dite féminine, devenue avec Gradiva bien plus équivoque, androgyne, génériquement troublée et troublante. Chacun fut amené à interroger sa propre pratique de la littérature, sa façon personnelle d’aborder les textes et de vivre la lecture et l’écriture comme une remise en cause de son identité, comme un investissement de son corps redécouvert, magnifié et réinventé dans la rencontre avec l’autre corps du texte et de son sujet insaisissable, à la fois glissant et captivant.
L’équivoque gagne d’ailleurs la ville elle-même, à la fois métro et patro, mère et père, comme cette Pompéi où Gradiva entraîne Hanold et à sa suite le lecteur. Pompéi n’est-elle pas la ville pour mourir, sous l’éruption mâle du Vésuve, et l’utérus pour ressusciter de ses cendres ? Pompéi est une « métro » et une « patropolis », la ville de Gradiva, fille d’un « honesto loco ortus », la ville de Zoé qui suit son père le zoologiste dont elle porte avec brillant le nom qui illustre sa démarche, mais elle est aussi la ville de Gradiva qui se rend au temple de Cérès, la déesse-mère nourricière, et la ville de la rencontre d’une fille et d’un fils, tous deux enfin allégés de leur pesanteur psychologique ou généalogique, loin de la ville de la tradition familiale qui rendait impossible leur libération.
PROGRAMME 2010